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LA CRÈCHE

Bien que située exactement à mi-distance de Niort et de Saint-Maixent, la commune de La Crèche fait plutôt partie de la deuxième couronne de l’agglomération niortaise. Couronne qui, au-delà des communes directement voisines de Niort telles que Chauray ou Aiffres, s’étale à une dizaine de kilomètres du chef-lieu des Deux-Sèvres.


Dans l’orbite de la capitale des mutuelles, La Crèche rassemble aujourd’hui près de six mille habitants et se situe dans le peloton de tête des villes deux-sévriennes. Contrastant avec la stagnation, voire le recul, de sa population depuis le milieu du XIXe siècle, elle a bénéficié d’une forte expansion démographique à partir de la fin des années 1960, passant de 2806 habitants en 1968 à 5820 en 2019. Elle le doit tout autant à l’emploi tertiaire des mutuelles voisines que de la présence de nombreuses entreprises en lien avec le carrefour autoroutier (A 10 et A 83) situé sur la commune, permettant de joindre facilement Nantes ou Bordeaux, La Rochelle ou Poitiers.


Pourtant, la ville actuelle, située sur la rive gauche de la Sèvre niortaise, a longtemps été une dépendance du village de Breloux, perché sur la rive opposée, né au Moyen Âge autour d’un prieuré tandis que se construisaient plusieurs châteaux défendant les voies de communication. Cela justifie la construction dans le hameau de La Villedieu d’un relais de poste installé au milieu du XV° siècle pour héberger commerçants, pèlerins et soldats. Au XVIIIème siècle, les échanges avec les ports de La Rochelle et de Rochefort deviennent plus importants. Il faut créer une nouvelle route royale, ouverte en 1750. Un siècle plus tard, en 1856, l’ouverture de la voie ferrée Poitiers - La Rochelle favorise le développement économique de la commune. Un nouveau bourg englobe La Villedieu et prend le nom de La Crèche. Au fil des années, Breloux devient Breloux – La Crèche puis La Crèche. Le centre de gravité de la commune bascule d’une rive à l’autre.


Au XVIe siècle, la région se convertit au protestantisme. La famille noble des Chevalleau de Boisragon prend fait et cause pour la Réforme et encourage les paysans des environs à se convertir. Survient peu après le conflit qui oppose catholiques et protestants. Les destructions d’églises répondent aux attaques des chefs catholiques. A la fin des guerres de religion, l’édit de Nantes (1598) permet la création des églises protestantes de Boisragon, Chavagné, Bougoin et Breloux. Mais la situation dégénère après la révocation de Nantes par Louis XIV et les dragons du roi sont logés chez les réformés pour les convertir de force. En établissant la liberté de culte, la Révolution permet aussi la reconstruction des temples tel celui de Breloux.


Plusieurs siècles après, la lutte contre l’oppression prend la forme d’un groupe de résistance communiste, actif dans le monde enseignant avec la figure de Stellina Poirier, âgée de 80 ans. Le responsable du groupe est Camille Thébault, secondé par sa femme Gabrielle. Mais les communistes créchois ont un ennemi juré en la personne du président de la délégation spéciale, Hercourt, dont la fascination pour le nazisme est patente. C’est lui qui dénonce par lettre en date du 4 mai 1942, neuf de ses administrés aux autorités allemandes à la suite d’une distribution de tracts. Camille Thébault finit par tomber aux mains de la SAP, la police anticommuniste de Vichy, et terriblement torturé, meurt le 19 mai 1943. Son enterrement est suivi par des centaines de personnes, solidaires de son combat.


Michel Chaumet

Co-auteur de « L’histoire de Niort » et de « La résistance en Deux-Sèvres »




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